00:00:20:11 - 00:00:58:22 Inconnu Alors je suis Catherine Mazellier LaJarrige et je suis enseignante et chercheuse au Centre de recherche et d'études germaniques. Le CREG. Et j'enseigne aussi le théâtre, la littérature, la traduction à la section d'allemand. Et mes recherches portent principalement sur le théâtre du XIXᵉ siècle jusqu'au théâtre ultra contemporain, avec une attention particulière portée au langage du corps, à la pantomime et en particulier à la pantomime qui s'est développée à Vienne, à Munich, à Berlin, autour de 1900, sous l'influence de la pantomime parisienne. 00:00:58:24 - 00:01:41:09 Inconnu Donc, j'explore les voies de ce transfert culturel. Les raisons ? Et puis aussi pourquoi, finalement, ce langage non verbal a donné lieu à des textes littéraires très aboutis dans leur forme, chez des auteurs de la modernité, viennoise en particulier. Donc c'est ce paradoxe qui m'intéresse, et j'ai montré que le Pierrot viennois n'était pas une simple bouture du Pierrot parisien, mais que ça venait se greffer sur une plante déjà très nourrie d'une tradition populaire viennoise, et celle aussi de l'opéra, de l'opérette et aussi du Faust de Rilke, d'une figure éminemment germanique. 00:01:41:11 - 00:01:52:00 Inconnu Et donc on a un produit qui est une pantomime hybride et singulière. 00:01:52:02 - 00:02:17:08 Inconnu Mon intérêt pour le théâtre ? Il est né dans mes années de collège et de lycée à Lyon, où je fréquentais le théâtre des Célestins, donc un répertoire très classique, mais le déclic est venu de la découverte du théâtre de Bob Wilson, qui est un théâtre d'images, de lumière et de danse, et un théâtre qui parfois renonce à la parole et où Bob Wilson demande à ses acteurs et actrices de penser avec le corps. 00:02:17:10 - 00:02:43:11 Inconnu Ça a été vraiment un déclic. C'était révolutionnaire pour moi. Et en parallèle, j'étais fasciné par la langue allemande, par son rythme, sa musicalité. Et j'ai appris mes classes préparatoires. J'ai poursuivi des études supérieures à Paris LNS Et puis j'ai eu deux années de mobilité très fructueuses qui sont vraiment importantes. Quand on fait des études de langue. Donc j'étais à Hambourg et à Munich. 00:02:43:13 - 00:03:07:17 Inconnu Ensuite j'ai passé l'agrégation d'allemand et ma thèse, je l'ai consacrée au théâtre expressionniste avant d'obtenir un poste de maîtresse de conférence à l'université Jean-Jaurès. Et là, ça m'a permis de collaborer avec la troupe universitaire de la section d'allemand qui venait de se créer et qui est qui a monté comme première pièce la visite de la vieille dame de Friedrich Dürrenmatt. 00:03:07:19 - 00:03:35:02 Inconnu J'ai même joué dans cette pièce qui a donné son nom à la compagnie. J'avais un petit rôle lové dans cette niche qu'on voit derrière nous, dans cette belle salle de spectacle du BIT Institute, qui est une partenaire culturelle fondamentale avec lequel on organise beaucoup de manifestations. Et c'est très important d'ouvrir la recherche vers la cité. 00:03:35:04 - 00:04:02:04 Inconnu Alors je suis très attaché à faire découvrir des pépites du théâtre contemporain, notamment à travers la collection de théâtre contemporain bilingue. Nouvelle scène aux Presses Universitaires du 12 h que je co-dirige avec Antonella Capra et son volet allemand que je co-dirige avec Hilda, on a. On est fiers d'avoir fait découvrir des auteurs qui étaient inédits en France par exemple. 00:04:02:06 - 00:04:33:23 Inconnu Par ailleurs, dans le domaine de la pantomime, j'ai traduit des pantomimes allemandes et autrichiennes qui étaient complètement inédites en français. Et d'auteurs célèbres comme Schnitzler, Hofmannsthal, Wedekind. Et pour moi, c'était important de pouvoir les mettre à la disposition pas seulement du grand public, mais aussi des chercheurs en études théâtrales qui ne maîtrisent pas forcément la langue allemande, mais qui s'intéressent aussi à ces transferts culturels dans le domaine du théâtre. 00:04:33:23 - 00:05:09:01 Inconnu Et j'ai eu aussi à cœur, depuis une dizaine d'années, de sortir de l'oubli un écrivain allemand qui s'appelle Rudolf Leonhardt, qui a été interné au camp du Vernet d'Ariège pendant la Seconde Guerre mondiale, qui a écrit beaucoup de poèmes, qui sont une chronique sensible de la vie dans le camp des pièces de théâtre, des essais contre le national socialisme et ça a donné lieu à une anthologie s'appelle Le Feu aux barbelés de poèmes et d'autres récits que j'ai traduit avec Jacques La Jarrige comme le récit de son évasion rocambolesque de la prison de Castres. 00:05:09:04 - 00:05:47:13 Inconnu Les thèmes récurrents dans l'œuvre de Rudolf Leonhardt, c'est l'exil, l'internement, la privation de liberté. Et ce sont des thèmes qui font vraiment, qui résonnent pour nous aujourd'hui. Et on a conçu avec Philippe Bertin en artiste, un spectacle musical autour des poèmes de Rudolf Leonhardt dans lequel on a appliqué ici même d'ailleurs, pour des représentations ici à Paris, à Montpellier, des élèves des lycées Saint-Sernin et Victor Hugo pour ouvrir cette recherche sur la société. 00:05:47:15 - 00:06:18:07 Inconnu Alors, je rêverais d'avoir une captation des pantomimes sur lesquelles j'ai travaillé et que j'ai traduites. Mais on a essentiellement des photos, Ça ne rend pas compte de la gestuelle, de l'enchaînement des gestes. Alors certes, la pantomime, elle a nourri le cinéma muet, mais ce n'est pas la même chose parce que dans le cinéma muet, il nous manque le son, mais il y a des paroles, alors que la pantomime, c'est du langage exclusivement corporel. 00:06:18:09 - 00:06:40:07 Inconnu Et puis, dans mes recherches sur Rudolf Leonhardt, j'ai eu la chance de réaliser un rêve, de trouver un manuscrit qu'on croyait perdu, qui est la traduction par Antoine Vitez d'une de ses pièces, Les Otages, qui a été écrite dans la clandestinité, publiée donc en allemand, mais en France, à Lyon. Et on pensait que cette traduction d'Antoine Vitez était perdue. 00:06:40:07 - 00:07:11:01 Inconnu Elle a été retrouvée aux archives de l'IMEC, l'Institut des mémoires de l'édition contemporaine et en tant que traductrice. C'était fascinant pour moi de voir les changements qu'avait opérés Antoine Vitez dans sa traduction, son échange avec Leonhardt aussi, et son souci de d'adapter le texte pour qu'il soit accueilli plus favorablement par le public français d'après guerre, qu'il n'avait pas trop envie d'entendre parler de cette période là.