Résumé
Cet épisode recueille le témoignage de Jeanne Arnal, née en 1949 à l’Isle-sur-Tarn. Elle est la fille du républicain espagnol Martín Arnal Mur (1921-2021).
La collection Exil Républicain Génération 2 donne la parole à des filles et fils d’exilés républicains arrivés en France en 1939, au lendemain de la Guerre civile espagnole. Ils ont spontanément accepté de livrer leur témoignage lors d’enregistrements réalisés entre novembre 2019 et juin 2021.
Les témoignages de Geneviève Dreyfus-Armand et de Jean-Pierre Amalric manifestent l’intérêt constant des chercheurs pour cet exil, son étude et sa présence et l’Espagne.
La deuxième génération de l’exil républicain espagnol parle d’elle-même, de la première génération, de sa mémoire transmise, par bribes, des liens avec l’Espagne et la France, de leur passé et de leur présent, des blessures et des rémissions, de la vie qui pousse au quotidien et des chemins tracés.
Ces témoins et témoignages rendent hommage aux parents et grands-parents, redisent leur reconnaissance et leur amour. Au-delà des difficultés et des vicissitudes, nourris de leur mère et de leur père, fidèles, ils sont pleins de force et d’espérance.
Ils parlent aussi à leurs contemporains, aux Français et aux Espagnols, à tous les êtres que les événements expulsent et qui doivent vivre, ouvrir de nouveaux itinéraires, gagner le respect et la confiance, affirmer leur dignité, leur singularité et leur identité. Ils parlent enfin à l’avenir. Cette deuxième génération a, au moins, une histoire duelle. On y verra comment chaque témoin a tressé ses entrelacs.
Des notes jalonnent leurs récits offerts intégralement. Elles tentent seulement de préciser en respectant le propos qui appartient à chaque témoin.
Des éléments de contexte sont proposés pour situer les événements, ouvrant à la curiosité, à l’approfondissement et à la recherche.
Notes explicatives
Les massacres de Paracuellos désignent une série d’épisodes de meurtres de masse organisés à l’arrière-garde pendant la bataille de Madrid, au cours de la guerre civile espagnole, qui ont conduit à l’exécution collective par le camp républicain de prisonniers considérés comme appartenant au camp insurgé.
Asociación para la Recuperación de la Memoria Histórica
L’Association pour la récupération de la mémoire historique est une organisation espagnole qui recueille des témoignages oraux et écrits sur les victimes du régime de Francisco Franco, et effectue des fouilles archéologiques pour identifier leurs corps, qui étaient souvent jetés dans des fosses communes.
Le pacte d’oubli et du silence
Loi d’amnistie espagnole de 1977
La loi est très brève dans son contenu mais ses conséquences sont très importantes notamment « Art. 1. Sont amnistiés : a) Tous les actes à visée politique, quel qu’en soit le résultat, qualifiés de crimes et délits, commis avant le 15 décembre 1976. »
Entre 1975 et 1977, les manifestations en faveur de la démocratie demandaient essentiellement la libération des prisonniers politiques des vingt dernières années (FRAP, GRAPO, ETA et autres partis). Le dossier de la guerre civile restait clos et l’amnistie mentionnée aux alinéas 2.e et 2.f permettait de sceller le « pacte du silence » sur la dictature :
« Art. 2 ; e) Les crimes et délits qui auraient pu être commis par les autorités, les fonctionnaires et les agents des forces de l’ordre, à l’occasion de l’enquête et des poursuites relatives aux actes visés par la présente loi.
« Art. 2 ; f) Les crimes commis par des fonctionnaires et des agents des forces de l’ordre contre l’exercice des droits des personnes. »
La lente reconnaissance des victimes et de leurs droits. Les instances internationales
Avec le temps, la nécessité d’une réparation à l’égard des victimes des totalitarismes ne cesse de progresser. Le juge espagnol Baltasar Garzón s’illustre dans le procès intenté au Général Pinochet, une première mondiale, et dans la vague de poursuites engagées pour retrouver les disparus en Argentine.
Le 21 octobre 2000, en Espagne, les exhumations de Priaranza del Bierzo engagées par Emilio Silva marquent le début d’une recherche des exécutions sommaires occultées par le franquisme. Le juge Garzón s’empare de la question au nom de l’imprescriptibilité des crimes contre l’humanité mais il est accusé de prévarication pour contrevenir à la loi d’amnistie de 1977 ce qui déclenche un mouvement de soutien international :
Soutien au juge Baltasar Garzón [Lettre de solidarité de la Fédération internationale pour les droits humains]. Syndicat de la magistrature, 3 mars 2010.
Avec la chute du mur de Berlin et de l’Union soviétique, à l’initiative des pays de l’Est intégrés dans l’Union Européenne en 2003, un débat s’instaure au sein du Conseil de l’Europe et de l’Assemblée parlementaire sur la position à adopter à l’égard des vestiges des totalitarismes, ce qui entraîne un retour sur le franquiste et le nazisme. En ce qui concerne l’Espagne, l’assemblée parlementaire adopte la recommandation 1736 (17/03/2006) sur la Nécessité de condamner le franquisme au niveau international.
En Espagne, les lois de « Mémoire historique » 2007 et de « Mémoire démocratique » 2022
L’intitulé de la loi dite de « Mémoire historique » est assez explicite : « Loi 52/2007 du 26 décembre, qui reconnaît et élargit les droits et établit des mesures en faveur de ceux qui ont subi des persécutions ou des violences pendant la guerre civile et la dictature. » Il semble qu’elle s’inscrive dans le droit fil de la recommandation européenne mais ces dispositions deviennent un enjeu politique et électoral.
Elle va être complétée par la Loi 20/2022, du 19 octobre, de Mémoire Démocratique dont l’objectif est plus ample. Le préambule est très long. Il désigne la mémoire comme essentielle à la citoyenneté et à la démocratie dont l’histoire repose sur les Constitutions jugées les plus progressistes de l’Espagne : 1812, 1869, 1931, 1978. La guerre d’Espagne y est considérée comme un conflit international dans lequel sont impliquées l’Italie, l’Allemagne, l’Union soviétique et la politique de non-intervention et ses conséquences dans le droit international. Avec la Constitution de 1978 et la ratification des traités internationaux la loi vise à inscrire la défense de la démocratie dans une continuité, la reconnaissance des victimes, de leurs droits et ceux de leur descendance comme imprescriptibles. Dans ce sens la loi de Mémoire démocratique desserre, plus de quarante après, le carcan de la loi d’amnistie de 1977 et prolonge les dispositions de la loi dite de Mémoire historique de 2007.
Toutes ces dispositions permirent les initiatives de Martín Arnal.
Pour plus de détails, voir :
Elodie Quillier, Placer Marey-Thibon, Alet Valero. Le fichier des internés du Camp de Vernet. Mémoires. Mémoires de la Guerre Civile, Huerta, Mona ; Rojo Hernandez, Severiano ; Compagnon, Olivier, Apr 2009, Paris, France. ⟨hal-01970760⟩
Références bibliographiques
Arnal Mur, Martín, and Raúl Mateo Otal. Memorias de Un Anarquista de Angüés, En La República, La Revolución Y La Guerrilla. Comuniter, 2017.
Gimenez, Antoine. Les fils de la nuit: souvenirs de la guerre d’Espagne (juillet 1936 – février 1939), suivi de À la recherche des fils de la nuit, par les Giménologues. Insomniaque ; Giménologues, 2006.
La première partie de l’ouvrage est constituée du manuscrit original des Souvenirs de la guerre d’Espagne d’Antoine Gimenez. La seconde partie se compose d’une étude rédigée par le groupe des Giménologues.
Guerra Civil en Sobrarbe, 1936-1938. Memorias [Dossier]. Revista del Centro de Estudios de Sobrarbe, 2010, nº 12-2.
Pour aller plus loin
Barthes Xavier. Ramón Acín, un humaniste libertaire. L’émancipation syndicale & pédagogique, 21 mars 2020.
23 de agosto de 1936. Asesinato de Conchita Monrás. Fundación Acin, 22 août 2021.
Alberola Suriñach, Octavio, et Fèlix Villagrasa i Hernàndez. Miedo a la memoria: historia de la ley de « reconciliación y concordia ». 1. ed, Flor del Viento Ediciones, 2008. Colección del viento terral 39.
Guixé i Corominas, Jordi, et al. Diez años de leyes y políticas de memoria (2007-2017): la hibernación de la rana. Catarata, 2019. Colección Investigación y debate 243.
Assemblée générale des Nations Unies. Résolution 32 (I). Relations entre les Membres des Nations Unies et l’Espagne, 9 février 1946.
Assemblée générale des Nations Unies. Résolution 39 (I). Relations des Membres des Nations Unies avec l’Espagne, 12 décembre 1946.
Nations unies. Comité des droits de l’homme. Pacte international relatif aux droits civils et politiques, 16 décembre 1966.
Nations unies. Comité des droits de l’homme. Examen de l’Espagne : sont notamment évoquées la situation dans les centres pour migrants, les infiltrations policières dans les mouvements sociaux, la hausse des discours de haine et la loi d’amnistie de 1977, 03 juillet 2025.
Fiche technique
- Témoin : Jeanne Arnal
- Auteur : Alet Valero
- Producteur : Université Toulouse – Jean Jaurès. (MIN / CEIIBA) / La Région Occitanie
- Réalisateur(s) : Franck Delpech
- Éditeur : Pôle Production – Le vidéographe / Université Toulouse – Jean Jaurès
- Cartes géographiques : OpenStreetMap (CC BY-SA 2.0)
- Musique : Airtone (CC BY-NC 3.0)
- Date de réalisation : 24 février 2020
- Durée du programme : 1h 33 min
- Langue : Français
Remerciements
- À toutes les personnes qui ont accepté de témoigner
- L’Université Toulouse-Jean Jaurès
- La Région Occitanie
- Le CEIIBA et sa directrice Cécile Mary Trojani
- Marianne Delacourt et le CollEx études ibériques
- Nathalie Michaud et la Maison de l’Image et du Numérique
- Jean Jimenez
- Placer Marey-Thibon et le Centre toulousain de documentation sur l’exil espagnol
- Geneviève Dreyfus-Armand, Jean-Pierre Amalric et l’Association Présence d’Azaña
Bibliographie sur l’exil républicain espagnol
Grenier Sylvie. Exil républicain. Coll’Explorar, 16 avril 2020.
Organisée par thématiques, cette bibliographie recense environ 250 titres.
Conditions d’utilisation
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